CE QUE JE N'AI JAMAIS VRAIMENT DIT
Ce texte est une tentative de mettre en mots ce qui est resté trop longtemps dans ma tête.
Pas une vérité universelle. Pas une doctrine. Pas une réponse définitive.
Simplement une manière de montrer comment je vois, comment je pense, comment j'ai vécu certaines choses et pourquoi certains concepts occupent autant de place dans mon esprit.
SOMMAIRE
- Avant-propos — Pourquoi j'écris tout cela
- Ma vie
- Apprendre à me connaître
- Mes visions
- Le labyrinthe
- Le monde des « clowns »
- La Brigade Anti-Clowns
- Les bridages
- La peur, la punition et le miroir
- Mes relations avec les autres
- J'ai aussi été très seul
- La colère
- Le rapport aux soins
- Je ne demande pas qu'on me donne raison
- Pourquoi je parle aujourd'hui
- Ce que je cherche à comprendre chez moi
- Tout ce que j'ai gardé
- Ce que j'aimerais que vous reteniez
Pourquoi j'écris tout cela
J'ai longtemps eu énormément de choses dans la tête sans réellement savoir comment les sortir.
Certaines pensées étaient trop compliquées à expliquer. Certaines émotions étaient trop fortes. Certaines idées semblaient trop étranges. Certaines choses étaient simplement impossibles à dire.
Alors j'ai gardé.
J'ai accumulé.
Et à force de garder, tout a fini par prendre de la place.
Ce texte est donc aussi une conséquence de cela.
C'est une tentative de faire sortir ce qui était resté enfermé pendant des années.
Ma vie
Mon environnement familial
J'ai grandi dans un environnement familial conflictuel.
Mes parents ne s'entendaient pas. Ils ne s'entendaient vraiment pas.
Mon père criait souvent sur ma mère. J'avais l'impression que dès qu'il la voyait, les tensions pouvaient recommencer.
Je ne veux pas transformer cette réalité en quelque chose qu'elle n'était pas. Je ne dis pas qu'il était constamment physiquement violent.
Mais les cris, les tensions et l'ambiance générale suffisaient à créer un environnement dans lequel je ne me sentais pas réellement en sécurité.
Le sentiment d'être de trop
J'ai très souvent eu le sentiment d'être de trop.
Comme si ma présence était une nuisance.
Comme si j'étais quelqu'un qu'il fallait supporter plutôt que quelqu'un qu'on avait réellement envie d'avoir auprès de soi.
Ce sentiment ne s'est pas arrêté à l'enfance.
Il m'a suivi.
Il s'est transformé en manière de penser. En manière d'interpréter les réactions des autres. En manière de me positionner dans un groupe.
Mon père et moi
Je peux dire quelque chose qui résume énormément de choses pour moi :
Cette phrase paraît presque impossible quand on la lit. Pourtant, c'est ainsi que je ressens mon histoire.
Je ne me suis jamais senti réellement proche de lui.
J'ai surtout connu le jugement, les cris et cette sensation permanente de devoir faire attention.
Marcher sur des œufs
Chez moi, j'avais souvent cette impression : il fallait marcher sur des œufs.
Faire attention à ce qu'on disait. Faire attention à ce qu'on faisait. Faire attention à la manière dont on répondait.
Mon père dormait également beaucoup.
Mes parents ne travaillaient pas et vivaient notamment grâce aux allocations et aux aides.
Nous étions quatre enfants : un frère, deux sœurs et moi.
Je ne considère pas que j'étais le seul à subir les conséquences de cet environnement.
Mes frères et sœurs ont eux aussi leurs propres difficultés, leurs propres blessures et leurs propres manières de vivre ce qui s'est passé.
Le regard des autres
Quand on grandit avec cette impression d'être de trop, elle peut finir par devenir une sorte de filtre.
On regarde les autres. On analyse leurs réactions. On cherche les signes. On essaie de savoir si notre présence dérange.
Et parfois, on finit par analyser tellement qu'on ne sait plus simplement vivre le moment.
Apprendre à me connaître
Le mutisme sélectif
Le mutisme sélectif est l'un des sujets les plus importants de ce manifeste.
Pendant longtemps, je n'ai pas parlé.
Pas parce que je n'avais rien à dire.
Mais parce que parler pouvait devenir extrêmement difficile.
Alors j'ai fermé ma bouche.
Et lorsque quelqu'un garde quelque chose en lui pendant suffisamment longtemps, il peut arriver un moment où tout ce qui était retenu cherche soudainement à sortir.
Le TSA et ma manière de fonctionner
Je suis également concerné par un trouble du spectre de l'autisme.
Mais je refuse de réduire toute ma personne à cela.
Un diagnostic peut donner des clés. Il peut aider à comprendre certaines choses. Mais il ne constitue pas une personne entière.
Le trouble borderline
Le trouble borderline fait également partie de ce que je cherche à comprendre chez moi.
Les émotions peuvent devenir extrêmement intenses. Les relations peuvent prendre énormément de place. Certaines frustrations peuvent devenir disproportionnées par rapport à l'événement qui les déclenche.
Mais encore une fois :
Il ne résume jamais une personne.
Je ne veux pas être réduit à mes diagnostics
Je suis plus qu'un dossier.
Plus qu'un comportement.
Plus qu'une crise.
Plus qu'un diagnostic.
Plus qu'une chambre.
Plus qu'une observation.
Je suis une personne qui essaie de comprendre pourquoi elle fonctionne comme elle fonctionne.
Mes visions
Ma vision du monde
Je ne prétends pas détenir la vérité.
Je cherche plutôt à comprendre les mécanismes qui se cachent derrière ce que nous considérons comme normal.
Les mots déformés
Un problème qui me fascine particulièrement concerne les mots.
Nous utilisons les mêmes mots.
Mais nous ne leur donnons pas forcément le même sens.
Respect.
Liberté.
Tolérance.
Violence.
Normal.
Vérité.
Deux personnes peuvent prononcer exactement le même mot tout en parlant de deux choses différentes.
Ma vision de l'Histoire
J'ai parfois l'impression que l'Histoire fonctionne comme une boucle.
Les événements changent. Les noms changent. Les technologies changent. Les régimes changent.
Mais certains mécanismes humains peuvent réapparaître.
La peur.
L'obéissance.
La propagande.
La pression du groupe.
La recherche d'un ennemi.
Le besoin d'appartenir à quelque chose.
La capacité à accepter progressivement ce qui aurait semblé impensable auparavant.
Pourquoi j'ai l'impression que l'Histoire ne nous apprend rien
À l'école, on apprend des dates.
Des guerres.
Des personnages.
Des régimes.
Des événements.
Mais j'aimerais davantage qu'on apprenne à reconnaître les mécanismes.
Apprendre l'Histoire ne devrait pas seulement signifier mémoriser ce qui s'est passé.
Cela devrait aussi permettre de reconnaître les mécanismes qui peuvent permettre à certaines choses de se reproduire.
C'est pour cela que j'ai parfois cette impression :
si nous n'apprenons pas à reconnaître ses mécanismes.
Le labyrinthe
Pour expliquer ma manière de voir la vie, j'utilise souvent l'image d'un labyrinthe.
La vie est un labyrinthe.
Mais pour moi, l'âge adulte représente plutôt la sortie du labyrinthe que le labyrinthe lui-même.
Beaucoup de personnes semblent avoir trouvé cette sortie.
Elles avancent. Elles construisent leur vie. Elles comprennent certaines règles. Elles savent comment fonctionner avec les autres.
Moi, j'ai parfois l'impression d'être encore dedans.
Alors j'ai dû essayer de comprendre seul.
Chaque couloir. Chaque mur. Chaque détour. Chaque piège. Chaque règle.
Peut-être que mon besoin d'analyser vient en partie de là.
Quand personne ne vous donne la carte, vous essayez de la dessiner vous-même.
Le monde des « clowns »
Il n'existe volontairement pas de définition unique du mot « clown » dans ma vision.
Et c'est précisément le principe.
Le mot peut changer de sens selon la personne, le contexte et la situation.
Pour quelqu'un, un clown peut être une manière d'être.
Pour quelqu'un d'autre, une manière de faire.
Un comportement.
Un idiot.
Un individu dangereux.
Un simple être humain.
Un « pécheur ».
Quelqu'un qui joue un rôle.
Quelqu'un qui prend son propre rôle beaucoup trop au sérieux.
Le clown peut donc être l'autre.
Mais il peut aussi être moi.
Et c'est important.
Parce que si je parle de clownerie, je ne prétends pas être extérieur à l'espèce humaine.
Je peux moi-même être un clown.
Je peux moi-même faire de la clownerie.
Le concept ne désigne donc pas une catégorie fixe d'êtres humains.
La clownerie peut être une manière d'agir.
La Brigade Anti-Clowns
Une parodie avant tout
La Brigade Anti-Clowns est avant tout un concept parodique.
L'idée consiste à reprendre les codes et la logique de certaines formes de mouvements militants pour créer volontairement quelque chose d'absurde autour du mot « clown ».
Dans ma parodie, je joue notamment avec l'idée de mouvements qui se définissent comme étant « anti » quelque chose.
La Brigade devient alors « anti-clowns ».
Mais le véritable objet de la parodie n'est pas nécessairement la personne appelée « clown ».
PAS CONTRE LES CLOWNS.
Le décalage de la parodie
Le principe repose justement sur l'ambiguïté.
Qu'est-ce qu'un clown ?
Qui décide ?
Selon quelle définition ?
Et si la définition change selon celui qui parle, alors le mot devient lui-même une partie du problème que la parodie cherche à exposer.
La Brigade Anti-Clowns n'est pas contre les individus
Dans le cadre de mon concept, la cible principale est la « clownerie » : les comportements, les attitudes, les rôles, les contradictions et les mécanismes que je considère comme absurdes.
Cela ne signifie pas que chaque personne désignée comme « clown » serait intrinsèquement mauvaise.
Le terme reste volontairement instable.
BRIGADE ANTI-CLOWNS
CONTRE LA CLOWNERIE,
PAS CONTRE LES CLOWNS.
Les bridages
J'ai souvent l'impression que les êtres humains sont bridés par des règles.
Des règles sociales.
Des habitudes.
Des peurs.
Des conséquences.
Des attentes.
Des rôles.
Et parfois, je me demande ce qui arriverait si certaines de ces barrières disparaissaient.
Je pense que certaines personnes pourraient alors être capables de choses extrêmement mauvaises.
Mais je ne pense pas seulement au bridage social.
Le bridage intérieur
Je ressens également quelque chose de similaire en moi.
Comme si mon propre cerveau était bridé.
Comme si certaines capacités étaient présentes mais bloquées quelque part.
Je ne sais pas exactement ce qui me bloque.
Peut-être la peur.
Peut-être mes difficultés.
Peut-être certaines pensées.
Peut-être simplement ma manière de fonctionner.
Je ne connais pas encore la réponse.
Mais c'est une question que je continue à me poser.
La peur, la punition et le miroir
J'ai une vision parfois radicale de la manière dont certains comportements pourraient être combattus.
Je pense notamment à la peur et à la punition comme mécanismes capables, selon ma vision, de modifier certains comportements.
C'est une idée que j'assume comme faisant partie de ma réflexion, même lorsqu'elle est dérangeante.
Si quelqu'un réduit cette idée à :
alors c'est une interprétation possible de ce que je dis.
Mais derrière cette idée existe surtout une métaphore qui me paraît importante : le miroir.
Le miroir
J'ai imaginé, dans mon univers conceptuel, quelque chose qui ressemble à un « camp de redressement des clowns ».
Ce n'est pas présenté ici comme un programme réel ou comme un mode d'emploi.
C'est une image radicale utilisée pour représenter une idée de confrontation avec soi-même.
Le clown serait placé devant son propre reflet.
Et il devrait regarder ce miroir.
Le véritable sujet n'est alors plus l'autre.
C'est soi-même.
Le rôle.
Le masque.
L'image que l'on donne.
Et la possibilité de comprendre que le clown que l'on dénonce peut parfois exister en soi.
Mes relations avec les autres
Les relations humaines ont toujours représenté quelque chose de complexe pour moi.
Je peux énormément réfléchir à une phrase.
À un silence.
À une réponse.
À l'absence de réponse.
À un changement de comportement.
Et cette analyse permanente peut parfois devenir épuisante.
Je voudrais parfois simplement pouvoir vivre une relation sans devoir constamment essayer d'en comprendre toutes les règles.
Mais mon cerveau cherche souvent les mécanismes.
J'ai aussi été très seul
La solitude n'est pas uniquement le fait de ne pas avoir de personnes autour de soi.
On peut être entouré et se sentir seul.
On peut parler et ne pas se sentir compris.
On peut être présent sans avoir l'impression d'avoir réellement une place.
C'est probablement une des raisons pour lesquelles l'idée d'être « de trop » a autant marqué ma manière de voir les relations humaines.
La colère
Ma colère peut être visible.
Elle peut passer par les insultes.
La répétition.
La provocation.
L'obsession.
Le fait de revenir encore et encore sur la même chose.
Mais derrière la colère, il y a souvent autre chose.
De la frustration.
De l'impuissance.
Des choses accumulées.
Des émotions qui n'ont pas trouvé de sortie.
Le rapport aux soins
Il y a quelque chose qui me dérange profondément dans certaines situations de soins : la sensation d'être réduit à ce que l'on voit de moi.
Patient.
Comportement.
Diagnostic.
Crise.
Traitement.
Chambre.
Observation.
Tout cela existe.
Mais derrière tout cela, il y a une personne.
Comprendre quelqu'un ne signifie pas être d'accord avec lui.
J'ai besoin d'être compris avant d'être corrigé. Écouté avant d'être réduit à un comportement. Considéré comme une personne avant d'être considéré comme un problème à gérer.
Je ne demande pas qu'on me donne raison
Je ne demande pas qu'on considère chacune de mes idées comme vraie.
Je ne demande pas que quelqu'un soit d'accord avec moi simplement parce que j'ai souffert.
Je demande quelque chose de différent : qu'on cherche à comprendre comment j'en suis arrivé là.
On peut contester une idée.
On peut critiquer une vision.
On peut désapprouver un comportement.
Mais cela n'empêche pas d'essayer de comprendre la personne qui se trouve derrière.
Pourquoi je parle aujourd'hui
Parce que je me suis tu suffisamment longtemps.
Parce que j'ai gardé énormément de choses.
Parce que certaines pensées ont besoin d'être formulées pour pouvoir être examinées.
Et parce que je préfère aujourd'hui dire ce que je pense, même lorsque c'est maladroit, plutôt que de continuer à tout enfermer.
que rester silencieux parfaitement.
Ce que je cherche à comprendre chez moi
Je cherche à comprendre pourquoi je pense autant.
Pourquoi certaines choses prennent autant de place.
Pourquoi certaines émotions deviennent aussi intenses.
Pourquoi certaines situations peuvent me bloquer.
Pourquoi j'analyse autant.
Pourquoi j'ai besoin de trouver les mécanismes derrière les choses.
Je ne possède pas toutes les réponses.
Et peut-être que certaines réponses arriveront progressivement.
Mais je veux continuer à chercher.
Tout ce que j'ai gardé
J'ai gardé des souvenirs.
Des humiliations.
Des peurs.
Des moments où je ne savais pas où était ma place.
Des pensées que je n'ai pas dites parce qu'elles semblaient trop étranges.
De la colère.
De la tristesse.
De la frustration.
Et parfois, derrière l'ironie, la provocation ou la « clownerie », il y avait simplement quelque chose que je ne savais pas exprimer autrement.
Ce que j'aimerais que vous reteniez
Je ne suis pas simplement ce que vous voyez.
Je ne suis pas seulement mes comportements.
Je ne suis pas seulement mes erreurs.
Je ne suis pas seulement mes diagnostics.
Je ne suis pas seulement ma colère.
Je ne suis pas seulement mes contradictions.
Je suis quelqu'un qui essaie de comprendre.
Quelqu'un qui cherche.
Quelqu'un qui se trompe.
Quelqu'un qui recommence.
Quelqu'un qui analyse parfois trop.
Quelqu'un qui a longtemps gardé le silence et qui essaie maintenant de trouver sa propre voix.
Je demande qu'on essaie de comprendre comment je pense.
La dernière chose que je veux dire
Peut-être que tout ce texte est finalement une immense tentative pour dire quelque chose de beaucoup plus simple.
Je cherche simplement à comprendre le monde, les autres et moi-même.
Je peux me tromper.
Je peux avoir des visions contradictoires.
Je peux être provocateur.
Je peux être excessif.
Je peux parfois être moi-même un clown.
Et peut-être que c'est justement le sens de toute cette histoire.